Un « faux » poisson d’argent : Ctenolepisma lineata

Version française
English translation
British and American flags

 

Il fait sombre. Vous êtes confortablement assis dans votre canapé ou sur votre fauteuil. Ce soir, c’est soirée détente. Vous êtes là à binge-watcher, comme le dise les anglais, une série sur votre plateforme de streaming préférée. Alors que vous êtes absorbé par ce qu’il se passe sur votre écran, soudain un éclair argenté apparaît dans votre champ de vision périphérique. D’un coup, vous vous retournez dans sa direction pour voir… Rien… Quoi que ce fut-ce, c’est parti. Peut-être était-ce simplement un reflet de votre écran ? Peut-être étiez-vous juste en train de vous endormir… Ou peut-être qu’il y avait réellement quelque chose… D’ailleurs, vous avez cette étrange sensation que l’on vous observe… Bref, vous oubliez tout cela et vous remettez dans votre streaming du soir ! Il ne faudrait pas rater des éléments d’intrigues ! D’ailleurs, il est temps d’agrémenter cette séance avec du popcorn ! Vous vous tournez vers votre saladier posé sur la table, le rapprochez de vous pour pouvoir saisir du popcorn quand tout à coup, vous voyez une larme argentée sur pattes courir à toute vitesse sur la table, en faisant des drifts incroyable ! Et c’est alors que l’entomologiste qui sommeille en vous s’écrit : « un dinosaure » !

L’insecte que vous venez d’apercevoir appartient à ce que l’on appelait autrefois l’ordre des thysanoures, dorénavant scindé en deux ordres, celui des Zygentoma (les zygentomes) et celui des Archeognatha (les archéognathes, aussi appelés Microcoryphia). Ce sont des insectes primitifs dépourvus d’ailes, ayant pour caractéristique la présence de trois plus ou moins longues « queues » à l’extrémité de leur abdomen : celle centrale est appelée épiprocte, les deux autres latérales sont appelés cerques. Les zygentomes ont des cerques à peu près de la même longueur que l’épiprocte, tandis que les archéognathes ont des cerques bien plus courts que l’épiprocte. Si on les qualifie de primitifs, c’est parce qu’ils sont situés à la base de l’arbre phylogénétique des insectes, représentation graphique de l’évolution des insectes qui indique donc le degré de parenté entre les divers groupes d’insectes que l’on peut établir (une sorte d’arbre généalogique grosso modo).

Le « thysanoure » le plus célèbre est sans doute le poisson d’argent ou lépisme argenté, de son vrai nom Lepisma saccharina, de la famille des Lepismatidae, ordre des Zygentoma. Petite digression, je pense que le terme « poisson d’argent » se réfère seulement à Lepisma saccharina, surtout au sein du grand public, mais d’autres pensent que ce nom vernaculaire se réfère non pas à une espèce, mais à la famille entière. Notons au passage la décision de l’Entomological Society of America de faire correspondre le terme « silverfish », traduction directe de « poisson d’argent », avec uniquement l’espèce Lepisma saccharina. Malheureusement, comme souvent avec les noms vernaculaire, c’est le BOOORDEEEEEEL, d’où l’énorme avantage d’utiliser uniquement les noms scientifiques. Fin de la petite digression. Comme son nom l’indique, il est d’aspect argenté, mais un peu terne et sans motifs. Ses mouvements rapides et ondulants ainsi que son aspect argenté évoquent un poisson, d’où son nom. En fait, il existe pleins d’espèces qui ont ce look de larmes sur pattes avec trois « queues » derrières. Ici, bien qu’il soit un peu brillant, on constate qu’il n’est pas vraiment terne et argenté, il a des motifs jaunâtres qui courent le long de son corps. On est toujours chez les Lepismatidae mais il s’agit d’un autre genre, le genre Ctenolepisma. Plusieurs espèces sont possibles, mais l’on peut voir que le dernier segment abdominal est clairement triangulaire : il s’agit donc de Ctenolepisma lineata. Il s’agit d’un recycleur/nettoyeur qui va au cours de ses quelques années d’existence se nourrir de restes d’animaux ou de végétaux, de cellulose qu’il est capable de digérer possiblement grâce à une symbiose avec un certain type de bactérie, de fibres végétales ou artificielles… Comme son cousin Lepisma saccharina, il est lucifuge et aime les endroits humides. Il est d’ailleurs est assez doué et agile pour se cacher dans la moindre fissure. Bien qu’on le trouve préférentiellement en extérieur, sous les écorces des arbres par exemple, on peut très bien le retrouver en intérieur.  Certaines espèces du genre Ctenolepisma vivent quant à elle entièrement en extérieur.

 

 


Dernière mise-à-jour : 27/07/2021

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *