Une mouche-dague : Empis tessellata

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English translation
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Je vous ai présenté dans un précédent post une famille de redoutables mouches prédatrices aux compétences aériennes exceptionnelles : les Asilidae. J’aimerais maintenant vous présenter une autre famille de mouches prédatrices aux mœurs tout aussi intéressantes : les Empididae. Ces diptères sont en général de petites tailles, sauf pour quelques espèces qui peuvent aisément dépasser les 10 mm. Un certain nombre de ces grosses espèces possèdent une grande et épaisse « trompe » (leur proboscis) qui leur vaut l’appellation par les anglais de « dagger flies », soit « mouches dague ». Beaucoup d’Empididae adultes prédatent d’autres insectes pour se nourrir, mais certaines espèces se nourrissent de pollen et de nectar.

Là où ça devient intéressant, comme souvent, c’est quand on se penche sur les mœurs sexuelles de ces diptères. Pour s’attirer les faveurs des femelles, les mâles vont leur offrir un cadeau nuptial, prenant la forme d’une proie emballée dans de la soie ! Au niveau des basitarses (segment du tarse relié au tibia) des pattes avant, les mâles possèdent des cellules spéciales leur permettant de produire de la soie. Parfois, le cadeau est même vide ! Ce n’est pas sans rappeler le comportement des mâles Pisaura mirabilis que je vous ai présenté récemment ! Mais il y a encore plus étrange ! En règle générale chez les insectes et chez les araignées, ce sont les mâles qui développent des ornements (qui peuvent prendre la forme de couleurs vives, de soies longues, de segments gonflables…) pour augmenter leur attractivité vis-à-vis des femelles. La raison principale à cela semble relativement simple : développer ces ornements est un processus couteux en termes d’énergie. Les gamètes des femelles sont coûteuses à produire, bien plus coûteuses que les gamètes des mâles, et moins nombreux. Aussi, si les femelles devaient dépenser de l’énergie pour développer des ornements comme les mâles, cela se ferait au détriment de la production de leurs gamètes et donc de leur fertilité. Cependant chez les Empididae, il semblerait que l’on observe exactement l’inverse : ce sont les femelles qui développent de tels ornements, parfois à l’excès même, et non les mâles ! Et au sein d’une même espèce on peut observer une importante compétition entre les femelles alors qu’en règle générale chez les insectes cela se fait plutôt entre les mâles.

Plusieurs hypothèses ont été formulées pour tenter d’expliquer cette inversion apparente des rôles, mais aucun consensus n’est apparu. Un article récent datant de 2020 semble avoir trouvé une corrélation entre les ornementations des femelles et… la taille des testicules des mâles. Les femelles avec plus d’ornementations seraient plus susceptibles de copuler avec plusieurs mâles. Quand un mâle copule avec une femelle, il « veut » que ce soit son sperme qui féconde les gamètes femelles. Plusieurs mâles qui copulent avec une même femelle implique une compétition entre les spermes des différents mâles. Or si un mâle a de plus grand testicules que ses frères, cela veut dire qu’il peut donc éjaculer plus de spermes que les autres, et augmente donc ses chances de voir son sperme gagner la course à la fécondation.

Je ne suis pas un grand connaisseur de cette famille en matière d’identifications de spécimen, et mon individu (trouvé en plein milieu d’un trottoir, j’ai même faillit lui marcher dessus) a accepté bien gentiment de poser vivant sous ma binoculaire. Il était vraiment placide, pas du tout comme les Asilidae qui sont très réactifs. J’ai donc utilisé une clef d’identification et me suis mis en quête des divers éléments à observer sous binoculaire pour obtenir le genre et l’espèce. Les deux dernières photos illustrent les critères que j’ai utilisé : la présence d’une cellule discale (cellule et repère noir 1 Disc), de la veine r4+5 (ligne verte) qui se divise en son extrémité, de la cellule anale (cellule et repère rouge Ana) qui est aussi longue que la seconde cellule basale (cellule et repère bleu 2 Bas), du proboscis long (ligne bleu claire) et des soies sur le métapleure (flèches blanches) m’ont amenés au genre Empis. Ensuite, le thorax avec les lignes noires qui se superposent aux rangées de soies, les deux veines de la cellule discale atteignent le bord des ailes (2 cercles violets), la présence de plus de 4 soies au scutellum (j’en ai compté au moins 8, 6 sont indiquées par des traits rouges), la grande taille et les nombreuses épines aux pattes (flèches vertes foncées) m’ont amenés jusqu’à l’espèce Empis tesselata. La ligne verte représente le tracé « supposée » de l’aile qui présente une excision prononcée (que j’arrivais à discerner sur mon spécimen sous bino). Cette espèce est facile à identifier pour les gens qui sont à l’aise avec cette famille, qui n’ont pas forcément besoin de passer par l’examen attentif et minutieux de tous ces détails comme je l’ai fait. Cependant d’une manière général, identifier un insecte passe par l’examen d’une longue liste de détails de ce genre, et/ou directement par l’étude des genitalia (les organes sexuels).

 


Dernière mise-à-jour : 10 mai 2021

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