Une admirable invasion : Pisaura mirabilis !

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Souvent, l’on nomme une araignée à partir d’une caractéristique physique. Parfois, l’on nomme une araignée en hommage à une personne, naturaliste ou simple célébrité. D’autres fois, l’on nomme une araignée en fonction de son comportement. L’origine du nom de l’araignée d’aujourd’hui tombe dans cette dernière catégorie. Il s’agit, vous l’aurez peut-être reconnu, de Pisaura mirabilis (famille des Pisauridae), la pisaure admirable. Mais d’où vient donc son épithète spécifique de mirabilis, admirable ? Deux comportements « admirables » expliquent cela. Premièrement, la femelle ne va pas se comporter comme une « mère indigne » et abandonner sa progéniture dans un vulgaire cocon de soie laissée à l’abandon sur un substrat quelconque. Elle va s’en occuper d’abord en trimballant avec elle son cocon un peu à la manière des Lycosidae, à la différence qu’elle le tiendra par ses chélicères. Puis quand viendra l’heure de l’éclosion, elle tissera une toile en forme de cloche, déposera le cocon sous cette toile, et veillera sur lui ainsi que sur les jeunes fraichement éclos. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce comportement « d’instinct maternel » n’est pas unique à cette espèce et de nombreuses araignées surveillent leur progéniture, à des degrés plus ou moins importants. L’autre comportement qui lui a valu le qualificatif d’admirable, c’est l’attitude, relativement exceptionnel pour le coup, du mâle lors de la parade nuptiale et de l’accouplement : ce dernier peut apporter un cadeau à la femelle ! Cadeau prenant la forme d’une proie soigneusement emballée dans un paquet de soie. Parfois, le mâle ruse et offre un emballage de soie… vide ! Le temps que la femelle déballe le prétendu cadeau et s’aperçoive qu’il est vide, le mâle a fait son affaire et est partie. Très souvent, la couche de soie qui entoure la proie-cadeau est épaisse et le paquet résultant est sphérique. Certains auteurs ont avancés que cette forme sphérique rappelait à la femelle un cocon et que cela la piégerait en déclenchant une sorte d’instinct maternel, mais il semblerait plutôt que l’épaisseur de la soie, qui nécessite donc un long déballage, empêche la femelle de partir avec la proie sans avoir copuler avec le mâle, et qu’une forme autre que sphérique gênerait le mâle dans sa tentative d’accouplement.

Pisaura mirabilis est une espèce très commune, que l’on peut facilement trouver dans la végétation haute ou en train de se dorer au Soleil. Elle chasse à vue, sans toile donc, bien que les juvéniles peuvent tisser des toiles chaotiques. Pour un connaisseur elle est identifiable au premier coup d’œil, mais elle peut être difficile à identifier pour un novice en raison de la variabilité des robes qu’elle peut montrer : allant d’un gris uniforme à des motifs plus complexes utilisant une palette de couleur plus large. Cependant, elle se présentera quasiment toujours avec une bande longitudinale blanche sur son céphalothorax, dépassant en une houppette de ce dernier. Et en vue frontale, elle est inconfondable, avec des joues blanches tombant à 45° de part et d’autres de sa « face ». La pluralité des robes pourrait s’expliquer par le fait que sous cette espèce se cache en réalité plusieurs espèces. Depuis plusieurs années j’entends dire que des travaux sont en cours pour déterminer si c’est le cas ou pas, mais toujours R.A.S. Quoi qu’il en soit, dans le sud en pourtour méditerranéen se trouve une autre espèce, Pisaura quadrilineata, a prioi non discernable de P. mirabilis.

Chacune de ces 6 photos correspond à un individu différent et vous pouvez constater la variabilité des robes de ces individus photographiés sur le même mètre carré. En fait là où j’étais, un coin d’herbe à proximité d’un chemin derrière mon campus, il y en avait pleins, presque une par herbe haute ! Cela m’a un peu surpris car même si je savais qu’elle pouvait se trouver en « grand nombre », je n’avais jusque-là que trouvé des individus isolés. Des gens passaient à côté de ces herbes hautes sans voir, ni même se douter, qu’il y avait ce foisonnement de Pisaura mirabilis. Moi non plus au début à vrai dire : j’en avais repéré qu’une seule et je la prenais en photo. Le fait de rester immobile le temps de la photographier m’a permis de réaliser qu’elle était loin d’être seule (comme souvent, rester immobile devant un milieu permet de repérer bon nombre d’arthropodes que vous n’auriez pas vu si vous étiez juste passer à côté en marchant). En fait des araignées, il y en a plein autour de nous, et encore plus dans les coins non bétonisés. Mais la plupart du temps on n’a pas conscience de leur  présence et on ne les voit pas. Ce n’est pas sans faire écho aux prétendues « invasions » d’araignées qu’il y aurait en ce moment même en Australie. Toutes les araignées que l’on voit sur les photos ne sont pas apparues comme par magie, en un claquement de doigt. Elles ont toujours été là. Cependant les inondations les ont rendus plus visibles. Un collègue a d’ailleurs écrit un article à ce sujet, je vous invite à le lire. D’ailleurs, une invasion d’araignée n’est pas possible : s’il y a trop d’araignées par rapport au nombre de proies disponible, elles vont se bouffer entre-elle et donc s’autoréguler. Un peu comme le cœur d’une étoile qui n’est rien d’autre qu’un système thermonucléaire autorégulé par la balance des forces gravitationnelles et de l’énergie dégagés par la fusion d’éléments. Oups, je sens que je m’égare !

 

 


Dernière mise-à-jour : 27 mars 2021

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