Un nounours bruyant ! Xylocopa violacea

Le ciel, vaste plaine azurée où paissent paisiblement de pâles figures aux formes changeantes. Ici, un drame se joue, entre une Bérénice et un Titus paréidoliques, tandis que là s’esquissent les contours d’une ile mystérieuse, que des conquistadors oniriques pourraient un jour explorer, au gré de rêves agités. Comme le composa un jour Marceline Desbordes-Valmore :
L’aurore en fuite
Laisse à sa suite
Un soleil pur,
Un ciel d’a… Quand soudain les rugissements d’un moteur puissant interrompt la sérénité des pensées qui dans la nue se reposaient et envahissent le ciel comme un impromptu coup de tonnerre impérieux. Un bolide noirâtre fend l’air comme la lame d’un katana fusionnée à un 302 V8. La situation est tendue.
« Ici Alpha Roméo Six Un à Tour de Contrôle, Cap au Trois Trois Zéros à Mach 1.5, arrivé sur cible dans 3 min, over.
—   Roger that Alpha Roméo Six Un, restez en stand-by jusqu’à verrouillage, over.
—   Wilco tour de contrôle, over.
—   Over and out. »
Entre les mains du pilote, l’appareil vibre en une singulière élégance. Bientôt, la cible que le Commandement des Opérations avait mis des mois à localiser serait enfin à portée de tir.
« Ici Alpha Roméo Six Un à Tour de Contrôle. Cible en visuelle. Accrochage… Cible accroch… Nom de Dieu ! »
Sans prévenir, une immense masse apparut sur la trajectoire de l’appareil. Une immense masse multicolore, qui devait bien faire des centaines d’ailes de haut, et des dizaines de larges ! Aussitôt, le pilote tira sur le manche de toutes ses forces. Mais l’appareil mettait du temps à tourner, et cette masse se rapprochait de plus en plus. Inexorablement. Fatalement. L’alarme de proximité se déclencha. C’était la fin. Il allait fermer les yeux pour ne pas assister à cette mort grotesque quand cette masse imprévue fit un soudain écart sur le côté, comme pour éviter le bolide.
« Tour de contrôle, vous me recevez ? Alpha Roméo Six Un, que se passe-t-il ?
—   Ici Alpha Roméo Six Un, ça vient juste… Une masse… Je crois que c’en était encore un !
—   Encore un quoi, Alpha Roméo Six Un ?
—   Un Humain ! »
Et le Xylocope poursuivit son chemin jusqu’à la fleur qu’il visait. Voilà ce qu’il se passe et ce que j’imagine quand un Xylocope fonce sur moi et que je dois m’écarter pour laisser passer cette pataude voyageuse aérienne.

Mais qu’est-ce qu’un Xylocope ? Je suis sûr que vous en avez déjà croisé, même si vous ne saviez pas ce que c’était alors. Les Xylocopes (genre Xylocopa, famille des Apidae) sont ce qu’on appelle couramment les abeilles charpentières ; ce sont de très grosses abeilles solitaires noires, qui font un bruit pas possible, pire qu’une pétarade de moto, en volant. Et qui a la fâcheuse habitude de fondre sur vous ou de passer juste à côté de vous. Ça vous rappelle quelque chose ?  Ne voyez-pas ses tentatives d’abordages comme des tentatives d’agression, les Xylocopes sont totalement pacifiques, mais comme d’autres Apidae, ils sont assez maladroits. Seules les femelles possèdent un dard, et pour vous faire piquer, vous devez extraire vous-même le dard de son abdomen et vous piquer vous-même. Bref, niveau compétence aérienne on est bien loin des Syrphes et de leur habilité à faire du vol stationnaire et des pirouettes aériennes, et le Xylocope n’est in fine un gros nounours volant qui fait plus de bruit que de mal.

Son surnom d’abeille charpentière lui vient de son rapport particulier au bois. Les Xylocopes ont des mandibules incroyablement puissantes leur permettant de creuser le bois. Ce sont les femelles qui se livrent à cet exercice d’ingénierie en vue de nidifier. En effet, pour faire son nid, la femelle va creuser dans du bois (en général du bois abîmé, en mauvais état) des galeries parallèles entre elles et parallèle au fil du bois. Puis elle va pondre un œuf, qu’elle laissera avec une boulette de pollen qui servira de nourriture à la future larve qui sortira de cet oeuf. Puis, avec de la sciure et de la salive, elle va former une cloison pour sceller cette première loge. Puis elle va pondre un second œuf, le laisser avec une boulette de pollen et sceller cette seconde loge avec de la sciure et de la salive, et ainsi de suite, pondant en général moins d’une dizaine d’œufs par galerie. D’ailleurs, vous pouvez parfois voir des monticules de copeaux de bois juste sous les entrées des galeries, preuves silencieuses de son incroyable activité. Bien sûr, certaines sont de vraies flemmardes et nidifient dans des galeries déjà faites (comme dans du bambou, ou dans des hôtels à insectes) !

Il existe plusieurs espèces de Xylocopes. Le plus connu est Xylocopa violacea, le Xylocope violet. Ici, les deux segments antennaire orangés indiquent qu’il s’agit d’un mâle Xylocopa violacea. Pour les individus ne présentant pas ces segments orangés, il faut aller compter les segments antennaires et mesurer leur taille ou utiliser des critères pas forcément visibles sur des photos « normales »

 

 

The sky, vast azure plain where graze peacefully pale figures with changing shapes. Here, a drama is played, between a Berenice and a Titus, while there the contours of a mysterious island are sketching, island that some dream-like conquistadors could one day explore, at the whim of tempestuous dreams. As the French poetess Marceline Desbordes-Valmore once wrote :
L’aurore en fuite
Laisse à sa suite
Un soleil pur
Un ciel d’a… When suddenly the roaring of a powerful motor interrupts the serenity of the thoughts which in the nude were resting and invades the sky like an impromptu blow of imperious thunder. A blackish bolide splits the air like the blade of a katana fused to a 302 V8. The situation is tense.
“This is Alpha Romeo Six One to Tower Control, Heading to Three Three Zeros to Mach 1.5, arriving on target in 3 min, over.
— Roger that Alpha Roméo Six One, stand by until locked, over.
— Wilco Tower Control, over.
— Over and out.”
In the hands of the pilot, the aircraft vibrates in a singular elegance. Soon, the target, which the Operations Command had taken months to locate, would finally be in range.
“This is Alpha Romeo Six One to Control Tower. I’ve got visual on the target. Preparing to lock… Target lock… For God’s sake!”
Without any warning, a huge mass appears on the trajectory of the aircraft. A huge multicolored mass, which is to be hundreds of wings high, and dozens of wide! Immediately, the pilot fires on the plane’s yoke with all his might. But the aircraft takes a long time to turn, and this mass is getting closer and closer… Inexorably… Fatally… The proximity alarm goes off. This is the end. He was about to close his eyes to not to see this grotesque death when this unexpected mass suddenly swerved to the side, as if to avoid the bolide.
« Control tower, do you read me? Alpha Romeo Six One, what’s going on?
— This is Alpha Romeo Six One, it just came… A huge mass… I think it was one of these…
— One of these what?
— A Human!”
And the Carpenter bee continued on its way to the flower it aimed. That’s what happens and that’s what I imagine when a Carpenter bee runs into me and that I have to dodge to let this clumsy air-traveller passes.

But what is a Carpenter bee? I am sure that you have already met some, even if you did not know what it was then. The Carpenter bees (genus Xylocopa, family Apidae) are very big black solitary bees, which make a big noise, worse than a motorcycle backfire, while flying. And who has the annoying habit of running into you or passing right next to you. Does that remind you of something? Do not see his attempts at collision as attempts at aggression, the Carpenter bees are totally peaceful, but like some other Apidae, are rather clumsy. Only the females have a stinger, and to get stung, you have to pull the stinger out of the abdomen yourself and stab yourself with it. In short, their air skills are far from those of the hoverflies with their ability to hover and to do aerial pirouettes, and Carpenter bees are ultimately big flying teddy bears that make more noise than harm.

Its nickname of “carpenter bee” comes from its special relationship with wood. Carpenter bees have incredibly powerful mandibles that allow them to dig wood. It is the females who engage in this engineering exercise to nest. Indeed, to make its nest, the female will dig in wood (usually damaged wood, in bad condition) several galleries parallel to each other and parallel to the wood grain. Then she will lay an egg, which she will leave with a pellet of pollen that will serve as food for the future larva that will emerge from this egg. Then, with sawdust and saliva, it will form a bulkhead to seal this first lodge. Then she will lay a second egg, will leave it with a pellet of pollen and will seal this second lodge with sawdust and saliva, and so on, usually laying less than ten eggs per gallery. By the way, you can sometimes see mounds of wood chips just under the entrances to the galleries, silent evidence of its incredible activity. Of course, some of them are real slackers and nest in already made galleries (as in bamboo, or in insect hotels)!

In France, there are several species of carpenter bee. The best known is Xylocopa violacea, the violet carpenter bee. Here, the two orange antennal segments indicate that it is a male Xylocopa violacea. For individuals without these orange segments, to count the antennae segments and to measure the size of some of them or to use criteria that are not necessarily visible in “normal” photos is required to get the species!

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