Balade au plateau de Talant

Le plateau de Talant est un endroit très intéressant pour photographier insectes et arachnides : il mélange bois, prairies, zones rocailleuses, et offre une magnifique vue sur le Lac Kir qu’il surplombe…

 

L’un des premiers insectes que j’ai photographié fut cette Polistes dominula (Vespidae). C’est une « guêpe », mais qui se distingue des vraies guêpes (genre Vespula, Vespidae) par l’extrémité des antennes qui est orangée. Loin d’être agressive, elle menait sa vie, sur sa fleur, entourée d’autres polistes, même si je la collais à « seulement » douze centimètres… En triant les photos, j’ai eu une sacrée surprise : cette Poliste n’était pas tout à fait normal… Quelque chose s’était glissé entre ses tergites (les plaques supérieures couvrant l’abdomen). En faisant des recherches, j’ai trouvé ce que c’était : un insecte, Xenos vesparum (Xenidae, Strepsiptera) avait élu domicile chez cette guêpe (du coup, peut-on dire que ce parasite est un Xenos-morphe ? Oui, ceci est bien une référence). Cet insecte est strictement parasitique, passant sa vie entière « dans » la guêpe, s’en nourrissant (ce sont donc des endoparasites) ! On dit aussi que la guêpe a été « stylopisée », ce qui signifie « parasité par un Strepsoptère« . J’ai trouvé cette documentation assez intéressante.

 

Un petit criquet qui est resté sur son brin d’herbe pendant que je le photographiais. Les courtes tegmina (pluriel de tegmen, « élytres ») orientent vers un Euchorthippus (Acrididae)

 

Sur une fleur (si quelqu’un connaît le nom de cette fleur, mettez-le en commentaire, merci), comme je m’y attendais (oui, j’ai attentivement regardé toutes les fleurs de ce genre que j’ai croisé), une belle Misumena vatia (Thomisidae), ou Thomise variable, une araignée-crabe qui chasse à l’affût sur les fleurs, et qui peut même changer de couleur en fonction de la couleur de la fleur sur laquelle elle chasse (homochromie). Elles sont assez faciles à photographier, car elles sont statiques, sauf si on s’en approche trop (ces araignées ont une bonne vue), malheureusement il ventait… J’ai failli enregistrer une scène de chasse, un petit hyménoptère s’est aventuré sur sa fleur… Sur l’araignée (c’est vraiment impressionnant, les thomises semblent invisibles aux yeux de nombreux insectes), la Thomise a tenté d’attaquer, mais l’hyménoptère, plus agile, a réussi à esquiver le baiser de la mort que s’apprêtait à lui donner M. vatia !

 

Une Tachina cf. magnicornis (Tachinidae), un diptère dont la larve est parasite de chenilles !

 

A l’entrée de la zone boisée, il y a une source d’eau naturelle, qui jusqu’en 1920 alimentait les habitants de Talant en eau (source de la Fontaine aux fées ; un panneau explique l’histoire de cette source, dont la légende qui lui a valu son nom : des fées vivaient dans la zone et ne voulaient pas être dérangées, et apparemment on racontait aux enfants que s’ils s’approchaient, les fées les noieraient… Elles sont METAAAL les fées dijonnaises bourguignonnes !!!). Mais sur le mur où est accroché ce panneau, un vieux mur en pierre, se trouve pas mal de toiles d’Amaurobius (Amaurobiidae). La toile se présente comme une retraite tubulaire s’enfonçant dans la pierre entourée chaotiquement de fils. La soie des Amaurobiidae est particulière, légèrement bleutée : elle est calamistrée. Ces araignées possèdent une petite plaque sous les filières, le cribellum, qui permet de produire cette soie spéciale, qui est ensuite manipulée par le calamistrum, une rangée de poils spéciaux situés sur les métatarses de la dernière paire de pattes. Cette soie est « frisée », elle n’est pas collante mais ressemble plus à une sorte de velcro sur laquelle les insectes sont piégés le temps que l’araignée sort de sa tanière pour emporter la victime dans les profondeurs de son antre ! Pour voir l’araignée, un petit coup de diapason sur sa toile (de préférence loin de l’entrée de sa retraite) et elle sortira !

 

En m’enfonçant dans les bois, j’ai trouvé cette Metellina sp. (Tetragnathidae) mâle. Il y a deux espèces très proche : Metellina segmentata et Metellina mengei. On peut distinguer les mâles en observant la longueur des soies ventrales des métatarses des pattes I : si elles sont courtes, de l’ordre du diamètre de la patte, alors il s’agit de M. segmentata. Si elles sont beaucoup plus longues, alors il s’agit de M. mengei. Tout excité que j’étais, j’ai oublié un mot essentiel : « ventrale »…

 

En arrivant dans une petite clairière, au pied d’une grande paroi rocheuse, il y avait pas mal de criquets, dont des Oedipode (genre Oedipoda). Pour identifier l’espèce, il faut voir la couleur des ailes sous les élytres. Donc il faut soit les attraper et les manipuler très délicatement pour ne pas les blesser, soit les faire s’envoler (oui, les criquets sautent, mais en fait, ils volent). Cet Oedipode avait des ailes bleues, donc il s’agit d’Oedipoda caerulescens (Acrididae Oedipodinae). S’il avait eu des ailes rouges, c’eut été Oedipoda germanica. Pour le photographier, je l’ai attrapé dans un petit filet puis je l’ai laissé monter sur les parties en plastiques (j’ai dû l’attraper deux fois, la première fois il est sorti puis s’est enfui, parfois, je les laisses sur ma main au mieux de les laisser sortir).

 

J’ai également capturé un couple d’Oedipoda cf. caerulescens (je pensais avoir à faire à un seul individu, mais quand j’ai vu ce que j’avais dans mon filet j’ai vite compris). Comme il y a des Oedipoda caerulescens dans les parages, ils appartiennent sans doute à cette espèce, mais je n’ai pas pu vérifier en observant la couleur de leurs ailes… Je les ai laissé tranquilles, faire ce qu’ils avaient à faire !

 

Au cours de ma balade, j’ai également croisé des papillons, et j’ai réussi à en photographier certains ! Quelques uns se sont laissés approcher suffisamment près pour que je prenne quelques photos à la bonnette macro, mais pour d’autres, j’ai dû l’enlever pour rester à distance.

Ici nous avons Pieris napi (Papilionoidea Pieridae Pierinae), aux nervures alaires faiblement grisées (la plupart du temps, c’est plus marqué).

Là, un Arethusana arethusa (Papilionoidea Nymphalidae Satyrinae), le Petit agreste ou encore le Mercure.

Deux Polyommatus bellargus (Papilionoidea Lycaenidae Polyommatinae), aussi appelées « Azuré bleu céleste », dont l’identification m’a donné du fil à retordre !

Et pour finir, un Fadet commun (Coenonympha pamphilus, Papilionoidea Nymphalidae Satyrinae), une Mégère (Lasiommata megera, Papilionoidea Nymphalidae Satyrinae), et un Souffré ou un Fluoré (Colias hyale/alfacariensis, Papilionoidea Pieridae Coliadinae).

 

En sortant du plateau, j’ai longé le lac Kir, et j’ai découvert cet étonnant attroupement d’Elasmucha grisea (Acanthosomatidae), que les anglais appellent « Parent bug ». En effet, cette punaise va « couver » ses oeufs, et les jeunes individus vont rester ensemble au même endroit jusqu’à un certain stade. D’après le forum du Monde des Insectes, il s’agirait d’un « regroupement tardif des individus issus d’une même ponte ». On peut en effet voir un juvénile et un individu venant de muer (en vert).

 

Sur le même arbre, il y avait ces deux drôles d’insectes, appartenant à un ordre que je n’avais jamais croisé : des Mystacides longicornis (Leptoceridae), appartenant à l’ordre des Trichoptères (Trichoptera), des insectes qui ressemblent à des mites mais qui n’en sont pas (les mites sont des papillons, appartenant à l’ordre des Lépidoptères -Lepidoptera-).

 

J’ai également croisé quelques Odonates, des Demoiselles et des Libellules. Le terme « Libellule » à trois sens possible : soit il désigne l’ordre des Odonates tout entier, soit il désigne les Anisoptères (Anisoptera), des Odonates qui sont généralement gros et qui ont les ailes étalés perpendiculaire au corps quand elles sont au repos, et enfin les Anisoptera qui appartiennent à la famille des Libellulidae. Le terme « Demoiselle », lui, désigne les Zygoptères (Zygoptera), des Odonates, généralement fines, qui ont les ailes en forme de toit au-dessus de leurs corps quand elles sont au repos.

Ici, des Enallagma cyathigerum (Zygoptera Coenagrionidea Coenagrionidae), ou Agrions porte-coupe, deux mâles et une femelle.

Un couple d’Ischnura elegans (Zygoptera Coenagrionidea Coenagrionidae), ou Agrion élégant. Le mâle est l’individu au-dessus, qui agrippe la tête ou le thorax de la femelle grâce à la pince situé à l’extrémité de son abdomen.

Une Platycnemis pennipes (Zygoptera Coenagrionoidea Platycnemididae), ou Agrion à larges pattes, et Onychogomphus cf. forcipatus (Anisoptera Gomphidae). On voit bien les différences entre Zygoptera et Anisoptera, notamment la position des ailes…

 

En quittant le lac Kir, j’ai croisé ce mâle Nuctenea umbratica (Araneidae), sirotant une punaise ayant eu la malchance de se prendre dans sa toile.

 

Et pour finir ce voyage, je suis tombé sur ce Moro-sphinx (Macroglossum stellatarum, Bombycoidea Sphingidae Macroglossinae), un papillon que j’affectionne et qui est capable de faire du surplace, à la manière du colibri (qui lui a valu son autre nom de Sphinx-colibri). Malheureusement, il était mal au point, peut-être même mort…

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